Pourquoi la déflation peut-elle être néfaste ?

La déflation procure aux ménages un gain de pouvoir d’achat, puisque les prix des biens et services s’orientent à la baisse. A priori, on pourrait penser que cela est bon pour la consommation et donc pour l’activité économique et la croissance. Or, il n’en est rien, bien au contraire.

La déflation provoque en effet des réactions attentistes de la part des agents économiques qui se révèlent particulièrement néfastes pour l’économie.

Qu’est ce que de la déflation ?

La déflation se définit comme l’opposé de l’inflation. Elle se caractérise par une baisse continue et auto entretenue du niveau général des prix.

Elle peut inciter les ménages à reporter leurs décisions d’achats dans l’attente de nouvelles chutes de prix et surtout, provoque une dégradation de la situation financière des particuliers et institutionnels qui ont recours à l’emprunt.

Les réactions des agents économiques

  • D’une part, la baisse régulière des prix incite les ménages à reporter leurs décisions d’achats dans l’attente de nouvelles chutes de prix. Ce comportement conduit à baisser la consommation globale et à gonfler les stocks des entreprises qui n’arrivent plus à écouler leurs productions. En réaction, celles-ci réduisent leur production et leurs investissements. Les salaires baissent, les embauches se raréfient et le chômage progresse, ce qui finit par affecter le revenu des ménages. Il s’ensuit une nouvelle baisse de la consommation qui génère la formation d’un cercle vicieux car auto-entretenu. La Grèce connait ainsi une période prolongée de déflation depuis mars 2013.

  • D’autre part, la déflation provoque une dégradation de la situation financière des particuliers et institutionnels qui ont recours à l’emprunt. En effet, le coût réel de la dette (c’est à dire une fois l’inflation prise en compte) augmente avec la baisse de l’indice général des prix car les remboursements des emprunts ne sont généralement pas indexés sur l’inflation. Il en résulte une moindre capacité à investir pour les entreprises et une moindre capacité à consommer pour les ménages endettés, ce qui renforce le cercle vicieux précédemment décrit.
  • Pour les épargnants, l’effet est inverse. Leur épargne pour le même montant prend de la valeur, ce qui ne les encourage pas non plus à consommer.

Une spirale néfaste

La déflation est donc un piège en ce sens où elle génère une spirale néfaste à l’économie toute entière. Elle est en outre très difficile à combattre par les autorités monétaires car elle se nourrit des anticipations auto-réalisatrices des agents économiques : tant que ceux-ci pensent que le phénomène de baisse des prix généralisée va se poursuivre, ils adopteront toujours le même comportement attentiste qui est à l’origine de l’apparition de la déflation.

Le Japon a ainsi connu une phase prolongée de déflation depuis la fin des années 1990 que la politique monétaire n’a pas réussi à combattre efficacement.

Les autorités monétaires japonaises ont en effet réagi trop tardivement alors que la déflation était déjà présente, si bien que ni les baisses de taux d’intérêt ni les politiques d’injection de liquidités dans le système financier n’ont réussi à endiguer la spirale de baisse des prix.

Tout l’enjeu pour les autorités monétaires est donc d’agir préventivement afin d’éviter que l’économie ne tombe dans la déflation.

Comment sortir de la déflation ?

La spirale déflationniste est particulièrement crainte par les économistes car il est très difficile de la rompre et de reprendre le chemin d’une croissance économique.

Pour favoriser l’augmentation des prix, il paraît logique d’inciter la demande, notamment des ménages. Celle-ci devenant plus importante que l’offre devrait entraîner l’augmentation des prix. Cette incitation à la demande peut être pratiquée par les politiques fiscales et budgétaires des États.

Mais depuis les travaux de Milton Friedman et le développement des théories monétaristes, le moyen le plus utilisé pour lutter contre la déflation est aujourd’hui l’outil monétaire. Les banques centrales interviennent pour créer une masse importante de monnaie en circulation, par la baisse des taux comme nous l’avons vu, ou par rachat d’obligations.

Milton Friedman pensait même en 1969 à une distribution de monnaie par les banques centrales directement aux ménages, sans contrepartie, imageant cette action par l’intervention d’un hélicoptère, le fameux « hélicoptère monnaie » remis au goût du jour du fait de la crise.

Plusieurs solutions permettent de réduire l’inflation :

  • Agir sur l’offre et la demande : les pays les plus touchés par l’hyperinflation ont souvent agi directement sur l’offre et la demande en bloquant l’évolution des prix
    Des pays comme le Venezuela, par exemple, ont imposé un contrôle strict des prix et des salaires. Ces politiques sont cependant rarement efficaces. En agissant directement sur la variable prix, le risque est grand de réduire la création de valeur économique. Les entreprises ne peuvent plus accroître leur chiffre d’affaires alors que leurs coûts continuent en général à augmenter, même si les salaires sont contrôlés. La maîtrise des prix et des coûts salariaux peut difficilement se faire de manière symétrique. D’autres coûts restent croissants comme les matières nécessairement importées et les marges des entreprises sont facilement érodées.
     
    Des actions, non pas de blocage des prix, mais de désindexation des salaires sur les prix ont de leur côté été menées avec succès en France au début des années 1980, couplées à une politique monétaire plus restrictive.

  • Agir par la politique de change en réévaluant la monnaie : le coût des importations se réduit ainsi que l’inflation importée. Certains pays ont indexé leur monnaie sur une valeur refuge comme l’or ou une devise forte, d’autres sont allés jusqu’à changer de monnaie et adopter une devise étrangère comme le dollar. Tel fut le cas de l’Équateur en 2000.
    Ce type d’action est cependant difficilement envisageable pour les pays dits développés qui affaibliraient grandement leur légitimité économique et, dans tous les cas, compliqué à mettre en œuvre en Europe.

  • Agir par la politique monétaire : il s’agit alors de réduire la quantité de monnaie en circulation. Dans les années 1970, les banques centrales ont mené ce type d’action par une augmentation forte des taux d’intérêt. Le crédit devenant plus cher, la quantité de monnaie en circulation se réduit. Cet outil monétaire a été efficace.

Sources :

  1. https://blog-gestion-patrimoine.cfpb.fr/covid-19-et-crise-economique-inflation-ou-deflation/
  2. https://www.economie.gouv.fr/facileco/deflation-effets-nefastes
  3. https://www.insee.fr/fr/metadonnees/definition/c2023

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