Comment interpréter ses rêves ?

Nous rêvons toutes les nuits, même si nous ne souvenons pas de l’immense majorité de nos rêves.

Ceux que nous faisons pendant le sommeil paradoxal portent des messages de l’inconscient, qui peuvent nous aider à avancer dans notre vie. Encore faut-il être capable de les comprendre et les interpréter.

Rencontre avec Tristan-Frédéric Moir, psychanalyste et onirothérapeuthe, spécialiste du langage des rêves.

Quelles sont les principes fondamentaux pour bien interpréter un rêve ?

La première chose qu’il faut avoir en tête, c’est que l’inconscient s’exprime par analogie.

Autrement dit, il ne faut jamais prendre au premier degré ce dont on rêve, mais chercher le sens caché.

De même, le rêve ne s’adresse qu’à celui qui le fait : il s’agit donc de ramener les choses à soi et non de les projeter sur les autres.

Pouvez-vous expliciter la notion d’analogie ?

Le langage du rêve est analogique, c’est-à-dire que les éléments qui sont dans le rêve ne sont pas exacts par rapport à leur forme, mais sont porteur d’un sens, d’une émotion, d’une représentation. Si vous prenez un symbole, il représente quelque chose mais pas cette chose au premier degré. Si vous rêvez d’une personne, dans la majorité des cas, elle ne représente pas cette personne en elle-même, mais une partie de vous ou une figure analogique.

Vous voulez dire que quand on rêve de quelqu’un, en réalité, on ne rêve pas de cette personne ?

Effectivement, les personnes dont on rêve représente le plus souvent des parties de nous-mêmes. Pour le dire clairement, si vous rêvez que vous couchez avec un collègue antipathique, ce n’est pas qu’il y a quelque chose entre vous deux !

Ce collègue représente une partie de vous que vous n’aimez pas. De même, si vous rêvez de personnes que vous n’avez pas vues depuis longtemps, ce sont des parties de vous-même avec lesquelles vous vous reconnectez. Les personnes qui sont dans vos rêves peuvent aussi être des personnes de substitution, derrière lesquelles on va chercher en premier les figures parentales.

Par exemple, si vous rêvez de votre supérieur hiérarchique, ce peut être une manière d’évoquer un de vos parents, car l’enfant est hiérarchiquement sous ses parents, et à l’âge adulte, ce rapport perdure souvent d’une manière ou d’une autre.

Il arrive tout de même que la personne dont on rêve joue son propre rôle, surtout si on rêve de ses parents. Pour finir sur cette question des personnes, s’il y a beaucoup de monde dans vos rêves, cela indique que vous êtes un être de nature sociable. Vous aimez l’échange, ça se retrouve dans vos rêves.

Revenons aux symboles, quel rôle ont-ils dans l’interprétation des rêves ?

Ils sont un élément majeur dans la lecture du rêve, puisque chaque image du rêve est une image symbolique. Le propre d’un symbole, c’est d’être signifiant quelles que soient la personne, l’époque et la culture.

Par exemple, la clé est un symbole universel car à travers les siècles et partout autour du monde, on l’utilise pour la même fonction.

C’est un symbole d’ouverture : quand on a la clé de quelque chose, c’est que l’on peut y accéder.

Un symbole peut-il avoir plusieurs sens ?

Bien sûr ! Un symbole, c’est comme un mot : son sens dépend du contexte. Il y a toujours une polysémie dans un symbole.

Si vous rêvez d’une clé et d’une serrure, ce peut être l’évocation d’une solution ou alors vous vient à l’esprit une association d’idées à tendance sexuelle.

Il y a toujours une connotation sexuelle dans les rêves, puisque la sexualité est une pulsion qui nous anime tous très fortement. Mais ce n’est pas forcément la clé majeure d’analyse du rêve, ne soyons pas trop freudiens.

Tous les objets ont-ils une puissance symbolique ?

Si c’est un élément important du rêve, il faut chercher sa signification symbolique. Un dictionnaire des rêves est alors très utile pour saisir le sens de certains objets.

Mais on peut aussi chercher une association évocatrice personnelle, c’est-à-dire un souvenir, ou ce que cet objet représente pour vous. Imaginons que vous rêvez d’une bouilloire, peut-être que votre grand-mère avait la même. Ou alors, c’est la fonction de l’objet qui est intéressante.

Dans le cas de la bouilloire, elle sert à faire bouillir l’eau : quelque chose vous fait bouillir, vous vivez une période de tensions, de colère. Interpréter un rêve, c’est percevoir et comprendre le langage figuré lié à l’objet.

Il en va de même si dans votre rêve, vous vous identifiez à un objet ou un animal : qu’est-ce que ça évoque pour vous, qu’est-ce que ça peut signifier ?

Pourquoi l’inconscient s’exprime-t-il par de tels détours ?

On ne peut pas tout dire dans nos rêves. Le surmoi apporte une censure, il veille à la licéité des messages, pour que l’on ne s’accuse pas soi-même ou que l’on se mette en cause.

L’inconscient va utiliser tous les subterfuges possibles pour faire passer des messages, comme les images de substitution ou les analogies dont nous parlions tout à l’heure.

Cela parait bien complexe, non ?

En réalité, le langage du rêve est le plus simple qui soit, mais on en a perdu l’usage car nous sommes devenus trop complexes. Tout est affaire de jeux de mots, de calembours, d’association d’idées… c’est la langue des oiseaux.

L’holorime et la paronymie sont courantes dans l’analyse des rêves. L’holorime, c’est lorsqu’on peut comprendre un mot ou une phrase de plusieurs manières, comme « la magie » qui peut s’entendre « l’âme agit ».

La paronymie, c’est mettre en lien deux mots aux sonorités proches. Les connotations grivoises sont bienvenues. Par exemple, si vous rêvez d’une péniche, on peut entendre autre chose…

C’est une sacrée gymnastique de l’esprit !

C’est vrai, mais ça s’apprend. La première vertu pour interpréter les rêves, c’est d’être de bonne volonté. Il faut aussi être ouvert à tout et accepter toutes les hypothèses, même celles qui dérangent.

Est-ce plus facile d’interpréter ses rêves si on est accompagné par un thérapeute ?

Travailler seul sur ses rêves permet d’ouvrir des domaines de réflexion, de faire une introspection, de s’intéresser à son psychisme, à son inconscient.

L’écueil, c’est la résistance que l’on peut rencontrer quant à certains messages que nous envoie notre inconscient à travers nos rêves : il y a des choses qu’on veut bien voir et d’autres qu’on ne veut pas voir. Dans tous les cas, on aura une première radiographie.

Sur une radio, on peut voir si un os est fracturé. Mais pour plus de détails, on a besoin d’un spécialiste. Il en va de même pour les rêves. Certains voudront aller plus loin et iront consulter.

Mais pas tous : d’autres n’auront qu’une hâte, refermer la boite de Pandore. Les messages portés par nos rêves ne sont pas toujours agréables.

Tristan-Frédéric Moir est psychanalyste et onirothérapeuthe. Il est l’auteur du dictionnaire des rêves que l’on peut consulter sur Psychologies.com. Il est aussi le fondateur de la méthode E.V.E.R pour se former au langage des rêves. Son site internet : tristan-moir.fr.

Source :

https://www.psychologies.com/Therapies/Psychanalyse/Reves/Interviews/Interpreter-ses-reves-ce-qu-il-faut-savoir